Retour vers le Père

La Chute

« Examinez tout avec discernement :

                          Retenez ce qui est bon. »

                                                                   (1 Thessaloniciens 5, 21-22)

 

...car cette méditation m'est venue alors que je n'étais encore qu'un tout jeune converti.

Je ne connaissais certes presque pas la parole de Dieu, et pourtant le texte ci-dessous m'est venu quasi spontanément.

Pourquoi ?

Dieu seul le sait...

 

Retour vers le Père

 

LA CHUTE

 

 

L’encre a coulé abondamment depuis la chute1.

Bien des railleries se sont succédées à propos d’Adam, d'Ève, de la "pomme" célèbre et du péché originel. Et de nos jours on en rit encore, sottement bien sûr, faute d’intelligence spirituelle ou de connaissance suffisante de soi-même.

Quant au catéchisme d’antan, qui imageait si bien cette chute et ses fâcheuses conséquences, n’aurait-il pas déjà fait naufrage ?

Convenons-en : Cette question,qu’on expérimente certes plus facilement qu’on ne l’enseigne, a quel-que peu terni au profit d’une religiosité conciliante.

Il n’y a pourtant pas de vie chrétienne qui puisse s’autoriser l’économie de la reconnaissance pro-fonde du péché en soi ; et si nous sommes pécheurs c’est que nous sommes héritiers directs de la chute d’Adam.

De nos jours, le péché se cache sous de si multiples parures, et l’on s’en excuse si facilement que cette chute, grave et magistrale, qui pèse sur nous et nous condamne quoi que nous fassions, ne peut plus être perçue comme telle.

Or, personne, sauf J.J. Rousseau, ne le contestera : nous naissons, vivons et mourons dans le péché !2

Si nous sous-estimons la chute qui est bien réelle dans nos vies, Celui que le Père a précisément envoyé pour nous en sauver ne peut plus exercer d’influence sur nous. Et si nous croyons ne pas pécher, nous n’avons pas besoin d’un sauveur.

Le chrétien, privé de chute, est privé de grâces. L’exigence de sainteté visant à faire de lui le « sel de la terre » n’a plus cours. Il est tiède et souvent froid. Il pratique sans amour, sans force intérieure.

Comment ne pas comprendre alors que Dieu veuille envoyer, comme dans l’ancien testament, des prophètes chargés de réveiller l’humanité engourdie.

Comment ne pas nous émerveiller devant ces conversions extraordinaires qui ont lieu de temps en temps chez des êtres dont la gravité du péché nous eût fait frémir... si nous avions connu leur vie d’avant ?

« Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé. » (Ro. 5.20)

Quand l’homme reconnaît en lui le péché, non seulement il risque de se confesser, mais aussi et surtout de recevoir le pardon du sauveur. L’absence des brebis au confessionnal ne s’explique-t-elle pas un peu par le fait que le Seigneur ne pardonne plus, et qu’il ne pardonne plus non pas parce que son cœur se serait endurci, mais parce que les hommes, libres de pécher, n’ont plus besoin de pardon ?

Ou alors, faut-il attendre d’avoir beaucoup péché pour que le cri de la repentance soit sincère et vrai ? Faut-il tenter le diable ou marchander avec Dieu ?

Non certes, et fort heureusement ; mais notre société, à force d’avoir mis le péché dans les normes du temps, a fini par enrayer le mécanisme de bien des conversions.

Or, c’est à la mesure du pardon que Dieu accorde que nous connaissons la démesure de son amour.

Àpetit pardon, petit amour. L’homme ne vient plus à la lumière parce qu’il se croit dans la lumière.

L’homme ne cherche plus le salut parce qu’il se croit sauvé.

L’homme ne croit plus en Jésus rédempteur parce qu’il ne croit plus à sa propre crasse.

Certes il y aura encore, jusqu’à la fin des temps, des maîtres habiles pour tenter d’expliquer ces choses : maîtres spirituels hélas ! trop peu lus ou entendus ; théologiens de la forme ou des profon-deurs ; docteurs de la lettre ou de l’esprit, spécialistes des questions épineuses, aptes à régler des querelles ou à en éveiller d’autres…

Il y aura des saints qui se tairont et d’autres qui parleront. Des saints combattus et des saints com-battants. Des saints pleins d’amour et des saints artistes, maniant l’épître comme on manie le pinceau, avec le souci prédominant de l’effet à produire et appelant involontairement au salut d’autres sages ou d’autres bien-pensants.

Il y aura même des saints qui l’oublieront :

« Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin de médecin, mais les malades ! » (Matthieu 9.12)

Gageons pour notre part que si la littérature bourgeoise, les talents d’orateur, de conteur, de démonstrateur, les menaces de toutes sortes et tant d’autres procédés d’hommes sages, ont des chances d'échouer dans une mission de redressement de l’humanité pécheresse, par contre l’exemple de quelqu’un qui était perdu – concrètement – et qui s’en est sorti – tout aussi concrètement – peut souvent amener d'autres pécheurs à souhaiter s’en sortir à leur tour.

En effet, si un voisin, un ami, qui avait le même mal incurable que moi, en a été guéri, ne chercherai-je pas à savoir quel est ce médecin formidable et où je puis le trouver ? Et si ce mal me pèse, hésiterai-je à y mettre le prix ? Dussé-je y passer mes nuits, ne trouverai-je pas ce guérisseur ?

« Demandez, on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. » (Luc 11.9)

Notre monde a besoin de voir des chrétiens qui ont trouvé la perle rare et qui aident les autres à la rechercher. Il a besoin, plus que jamais, de com-prendre que la sainteté est encore possible en nos temps difficiles ; et, pour cela, il a besoin de VOIR ! Voir d’autres Saint Paul, d’autres Charles de Foucauld, d’autres Matt Talbot !3

Aussi, vous qui entendez cet appel-là, dans le fond de votre cœur, n’attendez pas de vous endurcir. Le bonheur d’une multitude d’hommes dépend de vous. Dieu vous convie, par sa toute puissance, à relever le défi lancé au prince de ce monde par son fils bien aimé Jésus-Christ.

Réapprenez-nous la voie royale !

Faites-nous brûler de désir avant que nous nous laissions brûler d’amour !

Montrez-nous simplement ce que tant de docteurs d’âmes essaient de nous démontrer avec leurs mots !

Montrez-là nous, enfin, cette victoire dont on ne parle plus guère !

Montrez-nous le vainqueur de cette mort qui nous fait si peur !

Non, Adam et Ève n’ont pas croqué la « pomme » ; et encore moins celle de l’amour charnel, pris dans un sens plus ou moins pornographique.

L’amour vécu pleinement, corps et âme, est bon parce que le Créateur l’a fait ainsi. Et tout, du reste, est bon, sauf le fruit de « l’arbre interdit ».

« Du fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : vous n’en mangerez pas et vous n’y toucherez pas afin de ne pas mourir. » (Genèse 3.3)

Nos ancêtres étaient des enfants gâtés.

Ils n’avaient pas à se préoccuper de l’avenir : dans son immense bonté, le Seigneur pensait à tout.

Hélas, comme bon nombre d’entre nous aujourd'hui qui ne savent pas se contenter de vivre dans la dépendance confiante de leur Créateur, Adam et Ève voulurent eux-mêmes conduire la barque de leur destinée ; et nous savons tous que « leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et qu’ils surent qu’ils étaient nus. » (Genèse 3.7)

Nous sommes loin ici de ce que s’imaginent certains chrétiens. Le péché originel n’est pas l’acte sexuel. Il n’est pas non plus la spécialisation d’un quelconque péché. Voyons-le plutôt dans l’abandon pur et simple du créateur, et la poursuite sans fin, pour notre humanité, d’une longue marche en soli-taire sur un large sentier de perdition.

L’homme s’est perdu, certes ! Mais Dieu, dans son immense amour, n’est pas resté les bras croisés à le regarder souffrir. Par ce qu’il a de plus cher il s’est littéralement jeté dans le monde. Et aujourd'hui, par Jésus, chacun d’entre nous peut revenir vers le Père. Ce dernier a les bras grands ouverts. La route est dégagée. Si nous le voulons et si nous y croyons, les affres de la chute peuvent devenir l'histoire ancienne de nos vies.

Tout est accompli.

Courons vers le père !

C’est par Lui que nous avons été créés ; c’est pour Lui que nous sommes faits. Nous devons Lui faire une absolue confiance.

Oh ! Si nous savions reconnaître que nous souffrons moins à cause de nos petites misères que d’être séparés de notre père ! Si seulement nous savions voir que notre bonheur, notre équilibre, dépendent uniquement de cette réconciliation !

Nous sommes tellement stupides ! Nous avons besoin de Lui – même si nous ne voulons pas nous l’avouer – et Lui, il a aussi besoin de nous. Souvent même, Il nous cherche et nous appelle, comme un mendiant, plaçant des barrières et des joies au travers de nos routes. C’est à peine si nous les voyons.

Grande est notre sottise !

Comme si Dieu pouvait être classé dans le secondaire de la vie !

Si nous ne revenons pas au père, c’est vers la mort que nous allons, là où Satan règne en maître absolu et incontesté, où les plus hauts murs s’effondrent toujours après des flambées de fausses joies ; où il faut apprendre à marcher dans la nuit, sans Père, sans paix, sans joie, sans amour… et s’accoutumer au doute, au désespoir ou à la haine ; là où l’auto-mobile, la fusée spatiale et la vitesse qui grise, la guerre terrible et ses brillants héros, l’argent et ses puissants seigneurs, le sexe et ses consommateurs de vices, font oublier la nuit, TOTALE.

Oui, tant que nous demeureronscomme des orphelins, c’est le mal que nous servirons ; et la blessure profonde de nos êtres ne cessera pas de nous rendre vulnérables.

Nous aurons beau lever les yeux fièrement vers le ciel comme si nous étions libres, nos chaînes nous diront la nuit.

Nous aurons beau croire aux espaces infinis, c'est  la poussière qui aura le dernier mot.

« Tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie. » (Genèse 3.14)

« Tu es poussière et à la poussière tu retourne-ras. » (Genèse 3.19)

Serions-nous indifférents au fait de n’être que poussière en devenir ?

Nous ne pouvons opter pour une demi-mesure : moitié avec Dieu, moitié avec le néant ; tantôt à l’écoute de l’un, tantôt plongés dans l’abîme de l’autre.

Vivre ou mourir ? Rien de moins.

Certes nous invoquons bien des raisons pour justifier nos louvoiements. Mais à quoi bon ?

« Le Seigneur vit que la méchanceté de l’homme se multipliait sur la terre : à longueur de journée, son cœur n’était porté qu’à concevoir le mal et le Seigneur se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre. » (Genèse 6.5)

J’imagine ma réaction si mon père, un jour, m’avait dit : « Je me repens de t’avoir fait ! » Quel coup au cœur ! Quelle atteinte à mon amour-propre ! Mais je sais bien que mon père ne me l’aurait pas dit. Parce qu’il faut, pour en arriver là, ne plus rien attendre de bon de la part de celui qu’on aime, et pas même croire en la possibilité d’un miracle.

Or, si Dieu s’est repenti de nous avoir faits, Lui l’auteur des miracles et de l’amour qui pardonne, comme nous devions être sales ! Et s’il s’est repenti de la sorte il y a plusieurs millénaires, que dit-il aujourd’hui du gâchis de nos vies ?

Si seulement nous comprenions que nous nous sommes trompés de chemin ! Si nos yeux voulaient bien accepter de voir l’évidence !

Hélas ! « Vous n’êtes pas revenus à moi, dit le Seigneur. »  (Amos 4.6)

« C’est pourquoi, ainsi parle le Seigneur Dieu : Parce que tu m’as oublié et que tu m’as rejeté derrière toi, porte toi-même le poids de ton impudicité et de tes débauches. » (Ézéchiel 23.35)

Mais comment supporter cette séparation ? Ce ter-rible poids ? Sinon par l’usage de la drogue. Drogue camouflée en faux bonheur, en fausse joie…

Drogue censée servir le progrès, la libération de l’homme et l’amélioration de sa condition, l'humanisme…

Travail, philosophie, politique et militantisme de tous poils : que de raisons pour se donner bonne conscience et mieux se masquer l’essentiel. Oublier que s’il y a vie – merveilleusement belle et variée à travers ce que l’on n’hésite pas à nommer "création" il y a forcément une origine ; et que celle-ci mérite tout de même un peu que l’on s’y attarde. Qu’on veuille bien se poser la question avant d'inventer la réponse qui nous arrange.

Et c’est le mauvais esprit qui se réjouit de tout cela : celui qui conteste tout, qui dit non à tout, qui refuse d’admettre la perfection de l’œuvre de l'architecte... Le jaloux ! On le surnomme « diable », « Satan », « malin », « mauvais », « accusateur » et la liste devrait s’allonger si on qualifiait tous les actes commis par celles et ceux qui se prétendent ses serviteurs. Et qui pratiquent à leurs façons. Pro-pageant leur dévotion comme un virus. Adorateurs de Satan… Ce Satan qui se réjouit de la mauvaise santé de ceux qui se disent croyants. « Voyez, se dit-il, comme leurs feuillages sont abondants, leurs œuvres nombreuses (surtout si elles sont faites sans amour vrai) ! Moi je vous dis qu’il n’est pas nécessaire de croire en Dieu pour être utile, bon, humain, zélé…. »

Occupés qu’ils sont avec leurs idoles, les hommes ne cherchent par le Créateur. C’est lui qui doit sans cesse faire et refaire le premier pas vers eux. Puis-sent-ils comprendre ce pourquoi ils sont faits et reconnaître Celui qui a été envoyé pour le leur dire ! Puissent-ils entendre, du fonds de leurs ténèbres, la petite voix qui ne cesse de leur chuchoter : 

« Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie, on ne vient au Père que par moi. » (Jean 14.16)

Ou encore :

« Je suis la lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie. »  (Jean 8.12)

L’homme qui travaille, même honnêtement, aux œuvres de ce monde, s’il ne croit pas en Dieu et en son Fils Jésus-Christ, « mourra dans ses péchés 4».                                          

Il y en a tant qui se disent : « Profitons-en ! La vie est courte et nous n’avons qu’une vie : mieux vaut la faire bonne ! »

Qu’entendent-ils par "bonne" ? Et parmi eux com-bien de baptisés ?

La vie est courte, certes, mais de quelle vie s’agit-il ?

Il y en a tant qui se dépêchent de sauver ce qui subsiste du naufrage permanent de leur vie !

Il y en a tant qui se dépêchent de faire leurs œuvres – bonnes et moins bonnes – de peur qu’au jour d’un certain jugement, quelqu’un – ils ne savent trop qui – vienne à  les condamner.

Les œuvres ?

Oui, mais lesquelles ?

Il y en a tant qui croient au bonheur qu’on se fabrique soi-même, à ce bonheur réservé aux médiocres, que l’on consomme sur place, en vitesse et sans modération, en ne songeant à rien d’autre ni à personne qu’à soi-même.

Le bonheur ? Oui, mais lequel ?

Il n’est de bonheur vrai et durable que si l’on sait où l’on va et pourquoi.

Or,

« Celui qui marche dans les ténèbres ne sait pas où il va. » (Jean 12.35)

Et en marchant dans ses ténèbres, sait-il qu'il est « devenu fou » ?

« Depuis la création du monde, ses perfections invisibles, éternelle puissance et divinité, sont visibles dans ses œuvres par l’intelligence ; ils sont donc inexcusables, puisque, connaissant Dieu, ils ne lui ont rendu ni la gloire ni l’action de grâce qui revient à Dieu ; au contraire, ils se sont fourvoyés dans leurs vains raisonnements et leur cœur insensé est devenu la proie des ténèbres : se prétendant sages, ils sont devenus fous ; ils ont troqué la gloire du Dieu incorruptible contre des images représentant l’homme corruptible, des oiseaux, des quadrupèdes, des reptiles… »  (Ro.20-23)

 

Un fou qui se prétend sage !

 

________ 

1 Voir le Livre de la Genèse.

   2  Jean-Jacques Rousseau a dit : « L'homme naît bon, c'est la société qui le pervertit. »

  3 Le vénérable Matt Talbot (2 mai 1856 -7 juin 1925) était un irlandais vénéré par de nombreux catholiques pour sa piété, la charité et la mortification de la chair. Même s'il n'a pas encore été reconnu saint, il est souvent considéré comme le Saint patron  des alcooliques.

  4 (Psaume 40)

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